Générique : France, Allemagne, Autriche, 2003, 1h53; réalisateur : Michael Haneke; acteurs :  Isabelle Huppert , Béatrice Dalle , Patrice Chéreau, Rona Hartner, Maurice Bénichou, Olivier Gourmet, Brigitte Rouan, Lucas Biscombe, Hakim Taleb, Anaïs Demoustier; directeur de la photographie : Jürgen Jürges (Palme d’Or à Cannes)

J’aime beaucoup le cinéma de Michael Haneke. Je n’avais pas encore vu « Le temps du loup ». J’aurais pu choisir un film plus gai, plus léger en ce début d’automne. Mais bon, si j’aime Haneke, c’est justement parce qu’il dit des choses dans ses films. Il y a un « message », des niveaux de lecture différents, des thèmes critiques de la société contemporaine. Son œuvre fait réfléchir, est source de débats. Pour moi c’est incontestablement le maître des réflexions sur la violence et la nature humaine.

Au début du film, tout est normal : on voit une famille arriver en voiture dans sa maison secondaire, genre chalet, et sortir du coffre tout un attirail d’objets emportés : des provisions, la cage à oiseau, des valises etc… On pense à leur début de vacances. Tout semble léger. Et pourtant, après quelques minutes à peine, ça déraille. On bascule alors dans un univers sombre, violent, destructeur, presque apocalyptique. Sans jamais savoir ce qui s’est réellement passé, on suit la trajectoire de cette famille qui essaie de survivre et de regagner des endroits plus sécurisés.
Mais qu’est-il arrivé pour que cette société occidentale en soit arrivée là ?

Une guerre civile ? Des problèmes climatiques ? Une invasion ? Un Fukushima ?

Film catastrophe ?

Non. Film social qui dénonce surtout le fait que nous ne sommes pas à l’abri.

Qu’il n’y a pas si longtemps que ça des massacres et des fosses communes ont été recreusées en Europe, pas loin de chez nous, tout près, alors que nous continuions à regarder le journal télévisé en nous goinfrant de chips.

Même nous, peuples occidentaux, pourrions nous retrouver dans cette débâcle où la survie deviendrait notre lot quotidien.

C’est cela qui fait de ces images des chocs visuels. Car ces hordes de réfugiés n’ont pas la peau sombre ou les yeux bridés, mais nous ressemblent.

Et c’est le choc.

Avec des atmosphères d’une force inouïe, on assiste aux tentatives de débrouille de toute une population. Certains essaient de se regrouper pour s’en sortir, certains préfèrent la solitude et s’éloignent, certains gardent espoir alors que d’autres choisissent la mort. Ce film est sombre, très sombre, tout en étant sobre. Cela le rend encore plus terrible.

Le jeu d’acteur est excellentissime, Isabelle Huppert en tête. Il y a aussi : Patrice Chéreau, Béatrice Dalle, Maurice Benichou, Olivier Gourmet. J’ai surtout été fasciné par les enfants. Le garçon et la fille d’Huppert (Eva : Anaïs Demoustier et Ben : Lucas Biscombe) sont magistraux de justesse. Et il y a aussi ce jeune beur (Hakim Taleb), si puissant dans son interprétation du pouvoir qu’a la guerre sur le fait que du jour au lendemain, l’innocence est perdue à jamais.

Nous qui nous disons civilisés… comment vivrions-nous face à ces craquements ?

Comment nous empêcherions-nous de désigner des boucs émissaires ?

Quelle part d’humanité garderions-nous pour ne pas sombrer dans l’inhumanité ?

L’espoir réside dans la force de ces jeunes et surtout dans la force de la nature à quand même aller de l’avant. Malgré tout. Les oiseaux ne continuaient-ils pas à chanter et les dents-de-lion à pousser aux premiers jours de printemps à Auschwitz ? C’est presque une image violente que ce contraste. Mais c’est surtout une image d’espoir.

J’ai également pensé aux magnifiques “Pièces de Guerre” d’Edward BOND dont il est possible de lire la trilogie (2 premières parties + la fin) dans la riche collection d’oeuvres théâtrales de nos bibliothèques.

Une palme d’or au directeur de la photographie, Jürgen JÜRGES, maître incontesté du clair-obscur, picturalité poussée à l’extrême et talent pour recréer des atmosphères où l’invisible fait frissonner.

Bibliothèques municipales :

DVD du film : vérifier la disponibilité