Générique : Israël, 2000, 123 min. ; titre original : Kippur ; réalisateur : Amos Gitai ; scénario : Amos Gitai, Marie-José Sanselme ; acteurs : Liron Levo, Tomer Russo, Juliano Merr, Voram Hattab, Uri Klauzner, Guy Amir
Pendant la guerre du Kippour, en octobre 1973, Weintraub et Russo se rendent au front à la recherche d’Egoz, l’unité spéciale dans laquelle ils ont fait leur service militaire. Ils ne la trouvent pas mais rencontrent Klauzner, un médecin qui cherche à rejoindre la base aérienne de Ramat David. Ils décident alors d’intégrer une unité de secouristes de l’armée de l’air.
Kippour est un film impressionnant. Peut-être parce que Amos Gitai ne met pas en scène des soldats conquérants, mais des hommes vulnérables dont la mission est de sauver des vies tout en évitant de perdre la leur.
Vue du ciel, la plaine du Golan ressemble à un bourbier. Les tanks y ont laissé leurs empruntes béantes qui apparaissent comme autant de plaies sans fin sur cette terre souillée de sang. Voilà une image emblématique qui traduit au plus juste cette vision de l’horreur.
Pour Gitai, l’horreur se dévoile sous les yeux hagards de cette troupe héliportée qui descend du ciel et constate avec effroi les conséquences tragiques d’un conflit sauvage qui mutile, massacre, dévore des jeunes de vingt ans. Amos, le volontaire, se veut témoin de ce drame des civilisations et nous livre un réquisitoire sans borne. L’œil de sa caméra suit sans relâche cette action humanitaire pour nous livrer une œuvre puissante, grave et humaniste.
Kippour n’est assurément pas un film de guerre banal. La dure réalité exposée ne laisse place à aucun artifice, ni à aucune gloire. L’heure n’est pas au triomphalisme. L’ennemi est invisible, le bruit du canon, les balles qui fusent et l’urgence de fuir sont implacables. Le parti prit se veut réaliste, sans pour autant adopter les traits rigoureux du style documentaire.
Ces hommes tentent l’impossible mais doivent faire des choix difficiles. Evacuer les vivants à moitié morts et abandonner les presque morts à leur agonie. Au sol, l’objectif de la caméra réussit à capter cette agitation affolée. On veut tous les sauver. Il faut tous les ramener chez nous, nos camarades. Pourtant, au cœur du désespoir, l’équipe se déchire et la folie guette les hommes lorsqu’ils se sentent terriblement impuissants.
Rien n’est filmé au hasard, comme si il fallait exorciser la guerre en soumettant le cadre à une composition minutieuse. Cette scène bouleversante l’illustre particulièrement bien : la caméra, en plan fixe, se tient à distance et braque les quatre hommes enlisés dans la boue jusqu’à épuisement et qui ne parviennent pas à extraire le blessé qui va mourir.
La bande son est saturée. Le bruit incessant de l’hélice étouffe les cris des hommes rendant leurs efforts encore plus vains. La guerre est partout. Le chaos et la mort règnent en maître. Il ne reste alors qu’un regard vide perdu dans l’horizon.
Certains se souviendront sûrement de Prévert. Oui, quelle connerie, la guerre !
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