Générique : USA, 2001, 163 min. ; réalisateur : Jon Avnet ; avec : Donald Sutherland, David Schwimmer, Leelee Sobieski, Hank Azaria.
J’arrive à Varsovie au mois d’août. Varsovie du ghetto, Varsovie anéantie, Varsovie ville martyre. Varsovie ou Hiroshima ou Guernica ou …. Je prends le bus. Pose mes bagages et sors me promener. Impossible de flâner. C’est le choc. J’y comprends rien. Je me perds dans ces avenues immenses. Je regarde ces bâtiments russes ou européens. Contrastes entre les blocs soviétiques et les tours vitrées à fric de la CEE. Varsovie bombardée à 80%, Varsovie vidée de ses habitants, Varsovie rasée et reconstruite. Je scrute les visages, surtout ceux ridés, comme si j’espérais qu’ils puissent me donner des clés pour saisir le passé. Je me sens en empathie avec ces gens qui ont subi l’Histoire. C’était comment avant ? Je peux imaginer la vie derrière le rideau de fer, je peux en voir les traces matérielles. Mais la vie d’avant 1939 ? La vie sous l’occupation nazie ? De ça il ne reste rien (à part la vieille ville reconstruite à l’identique par les Russes). Je décide de partir à la rencontre de la Varsovie juive d’antan. Je trouve un bout du mur du ghetto. Je le touche. J’essaie de l’imaginer entier, entourant les cris de ses briques, éloignant à tout jamais l’insouciance, prison visible avant le gaz invisible. Je trouve la dernière synagogue encore debout. Je marche lentement dans la rue par laquelle hommes, femmes et enfants étaient conduits jusqu’à l’Umschlagplatz. Puis wagons à bestiaux, puis Treblinka toute proche, puis… Je suis trop ému et arrive à peine à lire les prénoms gravés dans la pierre. In memoriam.
Quand je rentre à Genève-la-préservée je regarde « 1943, l’ultime révolte » de Jon AVNET.
Car je n’en sais pas encore assez. Car j’ai le besoin de comprendre. Ce film retrace avec beaucoup de force, dans des décors reconstruits quasi à l’identique, ce qui s’est vécu là pendant ces années (1940-1943). Grâce aux témoignages des quelques survivants (oui, il y en a eu) le film raconte l’épopée héroïque de ce bout de ville devenu prison, de l’enfermement des premiers juifs, de la construction du mur les séparant des catholiques, de l’entassement, de la faim, des coups, des premiers morts, de la collaboration de certains avec les forces allemandes croyant ainsi sauver leur peau, du début des déportations; puis de la décision de résister, de se révolter, de ne plus se laisser tuer, de détruire avant d’être détruit, de montrer sa détermination, son caractère, sa force malgré tout et d’assister petit à petit, mais alors la tête haute, à l’anéantissement total du ghetto : brûlé, bombardé, réduit en cendres, en tas de pierres et finalement laissé tel un terrain vague au milieu de la ville, vidé même de ses derniers restes…plus aucune trace, plus rien, ni d’humain ni de matériel, comme si rien n’avait jamais existé là, jamais rien de juif… Échec total, car en me promenant dans ce qui fut le ghetto, j’ai senti leurs présences, leur rage, leurs pleurs et leurs cris, leurs derniers souffles d’espoir que personne ne pourra jamais totalement bâillonner. Un film peut aider à comprendre le passé. Aider aussi peut-être à ce qu’il ne se répète pas. Lors de mon court séjour à Varsovie, je suis tombé sur des jeunes Israéliens. Visages multiculturels en « voyage d’étude ». Ils étaient assis par terre. Sous eux à quelques mètres, le bunker où sont morts et enterrés les derniers résistants du ghetto. Pris au piège, ils s’étaient donné dignement la mort. Leurs profs leur parlent, ils écoutent, racontent aussi parfois. Je regarde cette scène hallucinante. Je suis secoué, ému et abattu car malgré la compréhension du passé, l’humain n’apprend pas, ne parvient pas à ne pas perpétuer et transmettre la violence.
Comme l’a dit Mordechaj Anielewicz, un des chefs du soulèvement : « l’unique choix qui reste face à une telle barbarie, c’est de pouvoir choisir sa mort ». Sur Morcdechaj Anielewicz, on peut lire aussi. Ce qui signifie cependant (et il me faut tenter de l’accepter) que parfois l’unique possibilité réside dans le choix de la violence. Dur à accepter comme constat. Non, la population juive n’a pas toujours été comme un sage troupeau, tête baissée, à l’abattoir. Il y a eu des héros, comme durant la révolte du ghetto de Varsovie, du 19 avril au 15 mai 1943.
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